La chasse à la baleine en Islande

Je profite de l’émotion qui s’est emparée dernièrement dans les médias concernant la chasse d’une baleine par des pêcheurs islandais, et qui a fait grand bruit. Pour résumer brièvement cette sombre histoire, un navire islandais a abattu un énorme mammifère marin, qui, d’après les clichés, correspondrait à une baleine bleue. Les associations de défense des animaux telles que Sea Shepherd se sont donc insurgées face au sort de cette créature, car l’espèce est protégée par la Communauté Internationale depuis 1966 (1). L’espèce avait, en effet, été amenée proche de l’extinction suite à une chasse intensive au début du XXème siècle. Ce récent évènement a donc fait un tôlé et je vous propose mon point de vue qui remet en perspective le problème de la chasse à la baleine bleue.

Les baleines, des créatures hors du commun

Avant de vous emmener là où je souhaite vous emmener sur le sujet de la chasse à la baleine, avant de développer le point crucial de cet article, je voulais étayer quelques faits pour vous permettre de de mieux comprendre le développement de mon raisonnement. Les baleines sont des mammifères marins aux capacités physiques et cognitives remarquables. Considérées pourtant à une époque comme de véritables monstres, elles ont inspirés des écrivains tels que Herman Melville. Mais aujourd’hui nous savons que ces créatures ont une nature plutôt pacifique et qu’elles ne ressemblent en rien à Moby Dick. Elles semblent d’ailleurs posséder une certaine empathie pour d’autres espèces puisqu’elles ont déjà été observées par le biologiste Robert Pitman, et ce, à plusieurs reprises, protégeant des phoques d’une attaque d’orques (2). On sait également que les marsouins (qui sont également des cétacés) passent le “test du miroir”, qui permet de déterminer si un animal possède une conscience de soi, avec succès (3). Le chant des baleines, mélodies lancinantes empreintes de mystère, est utilisé comme un mode de communication sophistiqué. En réalité, les chants de la baleine à bosse sont parmi les plus complexes du règne animal. De façon mathématique, les chercheurs ont réussi à montrer que les phrases des baleines possèdent une syntaxe propre, faites d’unités de sons, mettant en évidence une structure hiérarchique élaborée que nous pensions être unique aux humains (3).

Les dernières recherches en matière d’éthologie ont permis de mettre en évidence les fabuleuses caractéristiques des différentes espèces de cétacés, mais pas que (je m’en tiendrais cependant à ces mammifères marins puisque c’est d’eux dont il est question dans cet article). Leur capacité à s’émouvoir, à communiquer, à ressentir la joie, la peine ou encore la souffrance n’est plus à démontrer. Leur intelligence est aujourd’hui reconnue et de nouvelles recherches scientifiques viendront agrémenter les connaissances en matière de comportement des espèces animales dont nous disposons déjà. Les baleines, tout comme les êtres humains, ne demandent qu’à vivre et jouir de leurs vies et de leurs libertés comme elles le souhaitent.

Chasse à la baleine en Islande : laissez les baleines vivre

Se poser les bonnes questions sur la chasse à la baleine

La première chose qui me frappe dans cette histoire de chasse à la baleine bleue, c’est la capacité de toutes les personnes impliquées à justifier leurs démarches avec la simple question : “était-ce une baleine bleue?”. Parce que si la réponse est oui alors les associations de défense des animaux peuvent se targuer d’avoir trouvé le coupable du meurtre de la baleine bleue : les pêcheurs (ou du moins l’entreprise qui gère cette activité). En revanche, si la réponse est non alors il n’y a pas de coupable, puisqu’il n’y a pas de crime. Mais la question n’est absolument pas de savoir si cette baleine appartient oui ou non à une espèce protégée. Non, la véritable question est plutôt : “doit-on continuer à pêcher des baleines?”. Qu’importe si la baleine bleue est protégée et la baleine de Minke non*. Il ne faut, non pas penser en terme d’espèces, mais bel et bien en terme d’individualités. Qui n’a jamais vu deux chiens d’une même espèce aux comportements diamétralement opposés. Chaque individu jouit d’une personnalité et surtout d’un droit à vivre fondamental. En quoi serait-il plus éthique et plus tolérable de respecter la vie d’une baleine bleue et non d’une baleine commune? Il n’y a pas de différences substancielles entre telle ou telle espèce de baleine. Je ne remets cependant pas en cause le fait de protéger les baleines bleues, bien au contraire, mais c’est en réalité toutes les baleines qui devraient avoir le statut d’espèce protégée. La protection d’une espèce par rapport à une autre s’effectue principalement sur des critères décernés par l’humain, ce qui pose problème à bien des égards. D’une part un problème d’ordre moral, comme je l’ai spécifié précédemment, mais aussi un problème de confusion qui profite aux pêcheurs (en l’occurrence pour cette histoire, les pêcheurs semblent avoir pris la créature pour une espèce de baleine autre qu’une baleine bleue). Finalement, l’autre question que l’on peut se poser est la suivante : “pourquoi pratique-t-on encore cette technique barbare qu’est la chasse à la baleine?”.

Pourquoi pratique-t-on encore la chasse à la baleine en Islande?

La responsabilité du consommateur … et des touristes

Chercher un coupable est-il la bonne chose à faire? Si nous voulons faire évoluer les comportements et entamer des changements sur la chasse à la baleine, alors déterminer de qui vient la responsabilité permettrait de mettre le doigt sur ce qui est à corriger. Le problème dans ce cas-là c’est que nous avons tous tendance à nous dédouaner. Comme si justement décrit par l’excellente Insolente Veggie, nous sommes tous coupables et pourtant il n’y a aucun responsable (4). Bon allez je dénonce? Le calcul est assez simple, là où il y a de l’argent à se faire, certains êtres humains vont tenter de s’en faire, que ce soit au détriment des humains ou des autres espèces animales. Dans le cas de la chasse à la baleine, il y a une forte demande de la part des consommateurs, et, ces consommateurs, sont, en fait, principalement des touristes. En réalité, très peu d’islandais mangent de la baleine, met pourtant considéré comme traditionnel dans l’inconscient collectif. La faute revient alors au touriste qui crée une véritable demande, puisque 40% des personnes qui ont visité le pays en 2009 ont admis avoir consommé de la baleine (5). Et même si ce pourcentage a chuté à 18% en 2014, l’Islande a accueilli cette même année plus d’un millions de touristes (6). Imaginez l’offre qui doit être alors proposée aux touristes en terme de viande de baleine! Alors, même si toutes les institutions par lesquelles la viande de baleine passe sont responsables (chasse, vente, restaurants proposant de la baleine, etc.), il n’en reste pas moins que le consommateur est la source même du problème, et doit en endosser autant la responsabilité. Cependant, ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est qu’il est aussi la solution au problème et qu’il peut être lui-même l’acteur du changement. Couper court à toute demande permettrait de déconstruire l’offre et donnerait, enfin, un peu de répit aux baleines. Les choix que nous faisons donc tous en tant que touristes peuvent impacter positivement ou négativement des espèces animales, qui ne méritent pas les sorts que nous leur faisons subir. A nous donc de faire les bons choix.

Les consommateurs sont aussi responsables de la perénnité de la chasse à la baleine

Ce qui nous reste, les souvenirs

Que devons-nous retenir de cette histoire? Aventuriers et voyageurs que vous êtes et qui lisez ces lignes, vous l’aurez compris, il vaut mieux éviter de prendre part à la consommation de viande de baleine. Encore une fois, s’il n’y a plus de demande, alors l’offre disparaît. Et pour ceux qui pensent que cela atteint leur liberté en plein coeur, je leur dirai de relativiser et de se poser deux questions. La première, est essentielle à mes yeux : “pensez-vous que votre plaisir (ou curiosité) gustatif soit plus important que la vie d’une baleine, dont on sait dorénavant sa capacité à ressentir autant d’émotions que nous qualifions d’humaines?”. La seconde est la suivante : “quels souvenirs allez-vous réellement garder avec vous?”. Car, si sur le moment vous allez peut être apprécier le goût de la baleine en bouche, ce plaisir ne sera que de courte durée. D’ici les minutes qui suivront l’ingestion du plat, vous en aurez déjà oublié le goût. Ne pensez-vous pas qu’il serait alors préférable de partir à la rencontre des baleines, alors qu’elles sont belles et bien en vie? Ramener des photos, des films, et garder à jamais des images d’un moment inouï, c’est ça qui vous restera en tête, bien plus qu’un plat que vous n’êtes même pas sur d’apprécier. Au Québec, j’ai passé une journée avec les scientifiques de Mingan pour observer les baleines du Saint-Laurent, et cela reste un des souvenirs les plus beaux de ma vie. Quant à ce que j’ai mangé à ce moment là, je ne m’en souviens absolument pas. Alors relativisez, réfléchissez et profitez plutôt des moments uniques qui vous resteront une vie entière.

Stop à la chasse à la baleine et profitons plutôt de pouvoir les observer vivantes

Cet article n’a pas pour but de culpabiliser le lecteur. Il amène un sujet de réflexion sur une problématique qui me semble importante. Avec cet article, j’espère de tout coeur que le lecteur s’ouvrira à une idée qui ne lui était peut être pas venue auparavant, et qui l’amènera sur le chemin de l’empathie envers les autres espèces animales.

Références et compléments d’informations

*A l’heure où j’ai écrit ces lignes, la baleine de Minke n’avait pas de statut de protection particulier dans les eaux islandaises. Mais au moment de sa publication, l’Islande venait d’interdire la chasse à la baleine de Minke dans ses eaux territoriales. Une plutôt bonne nouvelle qui n’empêchera malheureusement pas les pêcheurs de se rendre plus loin pour aller les traquer. La référence en question est à découvrir juste ici.

(1). https://fr.wikipedia.org/wiki/Baleine_bleue

(2). https://news.nationalgeographic.com/2016/08/humpback-whales-save-animals-killer-whales-explained/

(3). Les souris gloussent, les chauves-souris chantent. K. Shanor & J. Kanwal. Biophilia, 2015.

(4). http://www.insolente-veggie.com/page/71/

(5). http://uk.whales.org/campaigns/visiting-iceland-help-us-keep-whales-off-dinner-menu

(6). https://fr.wikipedia.org/wiki/Tourisme_en_Islande

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