Itinéraire en train en Norvège : de Bergen aux îles Lofoten

Bergen, deuxième ville du pays, constitue un point de départ idéal pour quiconque rêve de rallier l'archipel des Lofoten sans prendre l'avion. Cette ancienne cité hanséatique déroule ses maisons colorées en bois le long du quai de Bryggen, classé au patrimoine mondial, et offre une atmosphère portuaire unique, mêlant influences scandinaves et traditions maritimes.

Le voyage jusqu'aux Lofoten demande de la patience mais promet des paysages d'une variété saisissante. Glaciers, cascades, plateaux montagneux, plages de sable blanc et villages de pêcheurs se succèdent au fil des rails et des ferries. Ce périple d'environ 1800 kilomètres traverse plusieurs régions emblématiques du pays et constitue, à lui seul, une véritable immersion dans la Norvège la plus authentique.

Bergen, port d'embarquement vers le grand nord

Avant de monter à bord du train, Bergen mérite qu'on lui consacre au moins deux journées complètes. Le quartier historique de Bryggen conserve l'âme médiévale de la ville, avec ses bâtiments en bois serrés les uns contre les autres et ses passages étroits qui mènent à des ateliers d'artisans. À quelques pas, le marché couvert permet de goûter au saumon fumé, au hareng mariné et aux crevettes royales pêchées le matin même dans le Hardangerfjord.

Pour les amateurs de photographie urbaine, Bergen offre également de superbes occasions de capturer la lumière changeante du nord. Les façades colorées reflètent les cieux souvent nuageux, créant des ambiances très contrastées. D'autres capitales culturelles du monde, à l'image de New York en hiver, partagent cette énergie créative où l'architecture dialogue avec la nature environnante.

Le musée KODE et la collection permanente dédiée à Edvard Munch constituent un excellent prétexte pour une halte culturelle avant le départ. Plusieurs galeries indépendantes exposent des artistes contemporains norvégiens qui s'inspirent largement des paysages féroces de l'arrière-pays. Les amateurs de gastronomie, quant à eux, trouveront leur bonheur dans les restaurants du quartier de Marken, où la cuisine locale revisite les classiques nordiques avec une touche moderne.

À bord du Bergen Railway

La ligne ferroviaire reliant Bergen à Oslo est régulièrement citée parmi les plus beaux trajets ferroviaires au monde. Longue de près de 500 kilomètres, elle traverse le plateau de Hardangervidda, le plus grand plateau montagneux d'Europe, et passe par les stations de ski de Geilo avant de plonger dans la vallée verdoyante de Hallingdal. Le train circule plusieurs fois par jour et propose différentes classes de confort pour s'adapter à tous les budgets.

Une variante particulièrement recommandée consiste à descendre à Myrdal pour emprunter le train panoramique de Flåm. Cette ligne à voie unique serpente sur vingt kilomètres à travers une gorge profonde, offrant des vues spectaculaires sur des cascades vertigineuses et des forêts denses. Les passagers peuvent descendre à la cascade de Kjosfossen, où un spectacle sonore et visuel mettant en scène une figure mythologique scandinave surprend régulièrement les voyageurs.

La ligne du Dovre vers Trondheim

Depuis Oslo, la ligne principale du Dovre file vers le nord en direction de Trondheim. Ce tronçon de cinq cents kilomètres traverse des paysages de plus en plus sauvages, alternant forêts de bouleaux, lacs miroitants et massifs montagneux aux silhouettes acérées. Le train circule depuis le début du XXe siècle sur cet axe historique et dessert plusieurs villages où il fait bon s'arrêter pour une nuit, comme Lillehammer, station olympique au bord du lac Mjøsa, ou Røros, ancienne cité minière classée à l'UNESCO.

Au-delà de Trondheim, certains voyageurs choisissent de bifurquer vers la côte atlantique via la ligne du Nordland. Cette option permet de longer les rivages découpés du Helgeland et d'observer la chaîne de montagnes des Sept Sœurs, sept sommets qui se dressent directement au-dessus de la mer. C'est l'occasion rêvée de comprendre pourquoi la Norvège inspire tant de photographes et d'amateurs de grands espaces.

Bodø, dernière gare avant l'archipel

La ville de Bodø marque la fin de la ligne ferroviaire du Nordland, à environ 800 kilomètres au nord du cercle polaire. C'est ici que s'arrête le train pour les voyageurs qui désirent rejoindre les îles Lofoten par voie maritime. Bodø est elle-même une halte intéressante, avec son centre-ville reconstruit après la guerre, sa jetée animée et ses îles voisines fréquentées par les ornithologues.

L'été, sous le soleil de minuit, Bodø prend des allures festives avec ses concerts en plein air et ses terrasses ouvertes presque 24 heures sur 24. L'hiver, le visiteur peut apercevoir les aurores boréales depuis les rives du Saltfjorden, à condition de s'éloigner un peu des lumières du centre. La ville constitue une étape parfaite pour reprendre des forces avant la traversée, que ce soit dans un café branché ou dans un restaurant spécialisé dans le skrei, ce cabillaud migrateur pêché traditionnellement dans ces eaux froides et limpides.

La traversée maritime vers les Lofoten

Au départ de Bodø, le ferry assure la liaison vers Moskenes, à l'extrême sud des Lofoten, en traversant le Vestfjord pendant près de quatre heures. Cette portion maritime est l'une des plus belles étapes du voyage, avec des panoramas sur les falaises abruptes de la côte et sur les sommets acérés qui pointent à l'horizon. Par temps clair, les montagnes des Lofoten semblent surgir de la mer comme une muraille infranchissable.

L'arrivée dans l'archipel reste un moment marquant. Les villages de pêcheurs aux maisons rouges sur pilotis, les plages de sable blanc et les eaux turquoise qui contrastent avec la noirceur des rochers composent un tableau surréaliste. Les amateurs de plongée et de randonnée en quête d'aventure trouveront dans ces îles un terrain de jeu exceptionnel, à l'image de ce que l'on peut vivre lors d'une randonnée et plongée dans les fjords norvégiens plus au sud du pays.

Explorer les Lofoten en bus et ferry

Une fois sur place, les Lofoten se découvrent sans voiture grâce à un réseau dense de bus et de ferries locaux. La route principale, qui relie Å au sud à Svolvær au nord, est desservie par plusieurs lignes régulières, et les ferries permettent de sauter d'île en île à moindre coût. La location de vélos s'avère également une excellente option pour explorer les petits villages et les plages à proximité des arrêts de bus.

Les plongeurs trouveront dans les Lofoten des spots remarquables, avec une visibilité souvent excellente et une faune marine riche. Récifs, tombants et grottes sous-marines offrent des paysages aquatiques qui n'ont rien à envier aux destinations tropicales. D'ailleurs, celles et ceux qui ont déjà exploré les eaux chaudes du Pacifique costaricien retrouveront ici des émotions similaires, mais dans une atmosphère radicalement différente, dominée par les eaux froides et les variations lumineuses propres aux hautes latitudes.

La route reliant Reine à Hamnøy, immortalisée par des milliers de photographes, se parcourt facilement en bus local. Plusieurs arrêts permettent de descendre pour profiter des points de vue les plus spectaculaires sur le Reinefjord. À Henningsvær, surnommée la « Venise des Lofoten », on découvre un port actif et des galeries d'art qui témoignent du dynamisme culturel de l'archipel, même en pleine saison hivernale.

Préparer son voyage ferroviaire norvégien

Anticiper les réservations s'avère essentiel pour profiter pleinement de ce type d'itinéraire. Les trains longue distance affichent souvent complet en haute saison, particulièrement sur la ligne du Nordland et sur le trajet Flåm-Myrdal. La carte ferroviaire flexible Norway in a Nutshell permet d'enchaîner plusieurs segments à tarif préférentiel et inclut souvent les ferries et les bus locaux, ce qui simplifie grandement la logistique.

Côté budget, la Norvège reste une destination coûteuse, mais plusieurs astuces permettent de limiter les frais. Les refuges de montagne proposent des tarifs abordables, les supermarchés offrent de quoi préparer ses repas à moindres frais, et le camping est largement toléré grâce à l'allemannsretten, ce droit d'accès à la nature dont bénéficient tous les voyageurs. Prévoir entre dix et quatorze jours pour l'ensemble du parcours permet d'apprécier chaque étape sans précipitation et de repartir avec des images plein la tête.