Voyager : une histoire de chat

D’aucuns content les mythes et légendes des héros revenus grandis du plus grand des périples : la découverte de contrées lointaines en présence de leur progéniture. L’histoire que je vais vous raconter ici est somme toute un peu différente. Les voyages sont des fragments de vie extraordinaires et le deviennent plus encore lorsque ceux qui nous accompagnent les embellissent. Moi je vais vous raconter une histoire toute autre, une histoire de voyage, marquée par un protagoniste assez spécial. Cette histoire c’est la mienne, celle de mon exil vers le Canada, celle de mon départ vers ce fabuleux pays, oui mais, surtout, celle de comment j’ai pu voyager avec mon chat. Parce qu’après tout, cette histoire, c’est aussi la sienne.

Rêves et espoirs

Alors que j’étais encore jeune, fraîche et pimpante, j’aspirais à vivre des épopées fantastiques, des aventures hors du commun et à découvrir des horizons dont nul être humain ne pouvait revenir indemne. Cependant j’étais coincée dans mon quotidien qui m’obligeait à faire passer mes études en priorité. Le manque de temps, et d’argent surtout, m’entérinait dans une vie monotone que je n’avais pourtant jamais réellement souhaitée. Heureusement pour moi j’étais accompagnée du plus fidèle des compagnons, mon adorable amie à quatre pattes, qui m’apportait sans cesse le lot d’amour et de distraction dont j’avais besoin.

Alors que nous vivions paisiblement cette vie des plus banales, un évènement bouleversa mon quotidien et m’obligea à détourner mes yeux du chemin qui m’était tout tracé. Mes études avaient connu un rebond que personne n’aurait soupçonné. Une sombre histoire de concours raté me mit dans un embarras profond et, alors que je pensais tout naturellement continuer mes études sur Toulouse, ce dur revirement de situation me força à improviser. Il n’y avait pour moi pas d’opportunités d’effectuer ma thèse tant rêvée en France. En désespoir de cause je me mis en quête de trouver cette opportunité ailleurs et je jetais mon dévolu sur le Canada. Je ne pensais pas que cette décision allait alors tout changer.

Voyager avec mon chat, de la France au Canada
Bonjour, je m’appelle Yuna, et je suis une adorable minette qui vit en France, pour l’instant…

États d’âmes

Un an. C’est le temps que nous avons attendu entre ma décision de partir et mon départ réel. Un an. Une année entière de préparatifs, de demandes de permis d’études, de demande de visa et d’organisation. Un an aussi à me demander ce que j’allais faire avec ma minette. Devais-je l’emmener avec moi? N’aurait-il pas mieux valu qu’elle reste en France et que je lui épargne le trajet en avion? Mais dans ce cas là, qui aurait pu la garder? Yuna est une petite créature assez spéciale, très stressée, toujours sur les nerfs. Le moindre bruit la fait sursauter. Le moindre invité la fait courir pour se cacher. Le moindre déménagement est une source d’angoisse pour elle. Je ne pouvais envisager de lui faire subir un voyage en avion, cela aurait été égoïste et cruel. Mais qui pourrait s’occuper d’elle aussi bien que moi? Qui l’aimerait autant que moi je l’aime? C’était hors de question que je l’abandonne! Je ne suis pas le genre de personne à balancer mon animal à un inconnu à la moindre difficulté! Non! Je ne pouvais et ne peux toujours pas me passer d’elle, nous sommes bien trop fusionnelles toutes les deux. C’était alors décidé. Yuna viendrait avec moi et je ferais tout pour que voyager avec mon chat ne soit pas une épreuve si terrible.

Voyager avec mon chat pour ne pas avoir à le laisser derrière
Je ne pouvais pas me résoudre à laisser Yuna en France, alors je l’ai faite voyager au Canada avec moi.

Départ et angoisses

Le jour du départ était enfin arrivé. La préparation de Yuna pour le voyage vers le Canada n’avait pas été une tâche aisée. Entre prises de rendez-vous chez le vétérinaire pour les vaccins, billet d’avion spécial chat, retour chez le vétérinaire pour certificat de bonne santé et surtout tranquillisants, cela n’avait pas été une mince affaire. Mais, enfin, on y était. À l’heure de partir je devais lui administrer un comprimé pour la calmer. Une demi heure plus tard le médicament ne semblait pas faire effet. Et alors que je m’angoissais à l’idée qu’elle ne soit pas tranquillisée, je retrouvai le comprimé par terre. Mademoiselle avait réussi à le recracher. Panique, nous n’allions pas tarder à partir. Je tentais de lui redonner et cette fois-ci l’effet se fit voir assez rapidement. Dans un état catatonique elle essaya de miauler, probablement pour me reprocher de l’avoir droguée. Je déteste la voir dans cet état, cela me fend toujours le coeur. Mais il était trop tard pour faire marche arrière. Le trajet total, Toulouse-Montréal, devait se faire en 12 heures. De nombreuses questions défilèrent dans ma tête, dont la plus importante: voyager avec mon chat, était-ce la bonne décision? Heureusement pour nous le voyage se passa bien. Yuna était avec moi en cabine et c’était déjà un stress de moins car je pus veiller sur elle. Mais à deux heures d’arriver à Montréal l’effet du comprimé commença à s’estomper et voilà qu’elle se mit à miauler. À l’aéroport de Montréal, dans la file pour la douane, elle hurla son mécontentement. Les gens se retournèrent, désabusés, et j’entendis alors quelques «c’est un chat?», «il y a un chat dans l’aéroport?». Oui j’ai osé voyager avec mon chat, elle est fatiguée, comme moi, pour ça au moins on est d’accord, nous avons hâte d’être dans notre nouveau chez nous, pensais-je. Mais, après la douane, l’épreuve de l’aéroport n’était pas terminée. Yuna devait être déclarée et tous ses vaccins ainsi que son passeport devaient être vérifiés. L’impatience commença à se faire ressentir autant pour elle que pour moi. Il ne restait plus que le taxi à prendre et pendant ces quelques minutes de trajet je m’émerveillais devant cette nouvelle vie qui s’offrait à nous, malgré la nuit tombée. Nous arrivâmes vers 22h30 à bon port. Une fois chez nous minette ne se fit pas prier pour se soulager et surtout manger. Elle découvrit l’appartement avec curiosité. Nous avions réussi et avons passé cette journée là une étape dans notre relation : voyager ensemble!

Voyager avec mon chat et prendre son doudou dans la valise
Dans la valise nous n’avons pas oublié Bica, le doudou de Yuna.

De nouveaux horizons

Yuna ne semblait pas perturbée par sa nouvelle vie, bien au contraire, elle paraissait même l’apprécier. Elle y découvrit les joies de pouvoir se promener dehors grâce aux accès de notre appartement via les balcons. Elle eut l’occasion de rencontrer pour la première fois des écureuils et de tenter de les attraper, en leur laissant systématiquement une longueur d’avance, au cas où l’animal serait imprévisible. Elle s’essaya à la chasse aux mouettes et aux canards, sans succès. En face de notre appartement il y avait un parc qu’elle appréciait tout particulièrement parcourir. Tous les soirs alors que je rentrais elle se mettait devant la porte et miaulait, me sommant de l’accompagner au parc. Et tous les soirs je sortais avec elle. Je passais des heures à la promener, car elle était rassurée que je vienne avec elle. Et puis un soir de Novembre la neige vint enfin frapper aux portes du Canada. Éberluée par cette substance blanche, brillante et gelée, elle voulut s’aventurer dehors afin de la découvrir. Je crois qu’au début la curiosité l’emporta et les premiers jours d’hiver elle réclamait sa balade dans la neige. Mais cette manie ne dura pas très longtemps. Le froid et le gel eurent raison de ce petit chat qui n’avait pas la fourrure adaptée à un tel climat. À l’automne elle me ramenait des souris et elle attendait toujours le printemps avec impatience. Elle vérifiait tous les jours d’hiver si la neige et le froid avaient disparus et, après avoir mis deux pattes dehors, rentrait frustrée, se rendant compte qu’il fallait attendre une journée de plus. Au printemps les oies revenaient dans un cacardement fracassant, qui poussait Yuna à rentrer en courant à la maison tant cela l’effrayait. Nous vécûmes ainsi pendant 4 ans au Canada, chacune avec nos petites habitudes, et ce, jusqu’à notre retour en France il y a peu. Je dus, encore une fois, voyager avec mon chat, mais ça, c’est une autre histoire.

Voyager avec mon chat et lui faire découvrir la neige au Canada
L’enthousiasme des débuts dans la neige.

Voyager avec mon chat

Partir à l’autre bout du monde, quitter sa famille, son pays, ses habitudes, n’est déjà pas en soi une épreuve évidente. Voyager avec mon chat l’a été encore moins. Bien sur Yuna ne m’a pas accompagné dans chacun de mes périples du bout du monde mais elle a tout de même partagé avec moi l’une des expériences les plus fantastiques de ma vie. Et sans elle ce voyage n’aurait pas été le même. Je suis arrivée seule avec elle au Canada et à aucun moment je ne suis tombée dans la solitude car elle était là. Certains penseront que ce n’est qu’un chat mais pour moi elle est un membre de la famille. Je voulais lui rendre hommage pour le courage qu’elle a eu de me suivre (bien qu’elle n’ait pas vraiment eu le choix) à travers cette petite histoire, son histoire, qui, je pense, valait la peine d’être racontée. Et même si elle a surement déjà oublié tout ça, pour moi le 22 Août 2013, le jour de mon départ pour le Canada, restera à jamais gravé en moi.

Mon chat qui veut sortit malgré l'accumulation de la neige
Pas si insurmontable le tas de neige, crois-tu, petit chat?

4 Comments

  1. Morgane ldm

    Très joli récit qui témoigne exactement de ce que j’ai pu vivre et de ce que vie toujours avec mon Loulou A MOI! !! Sauf que ma thèse à moi ma obligé à repartir en France pour 18 mois. … bah le Loulou est revenu avec moi! Et de retour au Canada, il est toujours avec MOI! !!Je suis fier de lui et tellement heureuse de L’AVOIR! !!
    Je vous souhaite tout plein des beaux moments à deux et tout plein d’amour! !!

    1. Rose des vents

      Merci Morgane pour ton témoignage! Ça me rassure de savoir que je ne suis pas la seule. C’est vrai qu’on se pose beaucoup de questions pour faire passer leur bien être au-dessus de tout. Tu as eu du courage de faire l’aller-retour avec lui en tout cas. J’espère que ça s’est bien passé à chaque fois. Bon courage au Canada. Sais-tu si tu retournes en France ensuite?

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