Pourquoi je n’ai pas nagé avec les requins-baleines aux Philippines

Ceux qui me connaissent bien le savent, j’adore les animaux, ces créatures avec lesquelles nous partageons notre magnifique planète. Je déborde toujours d’enthousiasme à l’idée d’aller à leur rencontre, d’une part, parce que la nature me fascine et, d’autre part, parce que la photographie animalière est, de loin, celle que je préfère. Mais lorsqu’il s’agit d’approcher des animaux sauvages j’y réfléchis toujours à deux fois afin de m’inscrire le plus possible vers un cheminement éthique. Je ne vais jamais au zoo ni au cirque, je ne paye jamais pour approcher des gens qui exhibent des animaux exotiques, j’essaye toujours de me renseigner sur la démarche des prestataires qui offrent des rencontres avec des animaux. Ce qui m’amène à l’essence même de cet article : pourquoi j’ai décidé de ne pas aller nager avec les requins-baleines d’Oslob aux Philippines.

Les requins-baleines d’Oslob

Le requin-baleine est considéré comme étant le plus grand poisson vivant sur notre planète. Bien qu’il puisse atteindre une vingtaine de mètres, la plupart des specimens ont une taille comprise entre 4 et 14 mètres. Appartenant à la famille des requins, il n’en reste pas moins inoffensif pour l’homme et possède une nature plutôt tranquille. Le requin-baleine vit communément dans les eaux de l’Atlantique, du Pacifique et de l’Océan Indien et a la particularité de migrer sur de longues distances. On le retrouve donc régulièrement aux abords des côtes des Philippines, où sa présence est devenue une réelle attraction pour les touristes. C’est donc à Oslob, sur l’île de Cebu, que des prestataires ont commencé à proposer des sorties pour voir les requins-baleines, avec 100% de chances d’en voir. Comment? En s’assurant, tout simplement, qu’ils ne quittent jamais le territoire. Quoi de mieux pour ça alors que de les nourrir?

requins-baleines d'Oslob
Requin-baleine. Crédit photo : www.pixabay.com

Les conséquences du «feeding» sur la population de requins-baleines d’Oslob

En cloisonnant ainsi une espèce migratrice, en la nourrissant et en la mettant au contact de l’Homme, on peut aisément imaginer qu’il y ait des conséquences sur les individus endémiques, et, à plus grande échelle, sur la population de requins-baleines globale.

1 – Interaction avec les humains

Les requins-baleines d’Oslob l’ont vite compris, les bateaux sont synonymes de nourriture. Alors qu’en temps normal ils en ont peur, le «feeding» les a fait changer de comportement. Ils s’en approchent ainsi pour quémander et se retrouvent blessés à cause des propulseurs des bateaux en action. Nombre de requins-baleines sont alors retrouvés avec d’énormes cicatrices au niveau de leur gueule. Des blessures s’ensuivent aussi souvent suite à des frictions de contact avec les bateaux.

Beaucoup de touristes ne respectent également pas le bon comportement à avoir en présence de ces géants. Bien qu’il soit interdit de les toucher, la tentation est trop grande, et des milliers de personnes entrent chaque année en interaction directe avec eux. Or les requins-baleines, et autres espèces sous-marines, ne sont pas immunisés contre les bactéries humaines, présentes à la surface de la peau, et, à notre contact, peuvent développer des maladies.

2 – Mauvaise nutrition

On pourrait penser que nourrir les requins-baleines leur assurerait au moins une bonne nutrition. Détrompez-vous. La pratique du «feeding» apporte à ces individus une nourriture qui leur est peu naturelle, rarement fraiche et souvent contaminée par des bactéries qui peuvent leur être délétère. Certains des requins-baleines n’arrivent pas à atteindre leur poids de forme à cause du peu de variété dans la composition de l’alimentation et de la quantité trop faible qui leur est prodiguée. Entre risque de maladies et défaut de maturité affectant la reproduction, le «feeding» est définitivement une pratique qui met en réel danger les requins-baleines d’Oslob.

3 – Modification du comportement migratoire

Se nourrissant de plancton, les requins-baleines suivent naturellement «les routes» qui en sont riches, voyageant ainsi à travers le globe. De façon saisonnière ils s’installent normalement dans la région d’Oslob pour une soixantaine de jours mais le «feeding» a malheureusement changé leur comportement migratoire. Ils s’établissent alors dans la zone pour des périodes bien plus longues. Les requins-baleines ont cependant la nécessité de migrer afin de se retrouver dans des zones propices à la rencontre de leurs partenaires et s’y accoupler. Les effets négatifs du «feeding» sur leur cycle de reproduction mettent en danger non seulement les individus de la région, mais aussi  la survie de l’espèce dans son ensemble.

Le requin-baleine, une espèce menacée

Un cycle de reproduction lent ainsi que la surpêche forment un cocktail de mauvais augure quant à la survie du requin-baleine. L’espèce est d’ors et déjà considérée comme en danger et les autres activités humaines, telle que le «feeding», ne viennent qu’accélérer le destin sombre qui attend l’espèce. Participer à cette activité c’est concéder à amplifier leur déclin. N’oublions pas que c’est la demande qui crée l’offre, et la demande c’est nous, touristes, qui la créons. Privilégier ainsi mon propre amusement au détriment de ces animaux était hors de question et c’est pour ne pas prendre part à cette ignominie que j’ai refusé de pratiquer cette activité. Voyager est un rêve merveilleux mais qui ne doit pas détruire tout sur son passage. C’est le devoir du touriste que de s’informer et d’ouvrir ses yeux lors de ses voyages, pour ainsi, faire des choix avertis, en son âme et conscience.

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Arrivera-t-on un jour à vivre en harmonie avec les autres espèces? Crédit photo : www.pixabay.com

Note : J’ai toujours à coeur de mettre mes propres photos pour illustrer mes articles, dans la mesure du possible. Cependant, n’ayant pas croisé de requin-baleine lors de mon séjour aux Philippines, les photos présentes dans cet article proviennent de la banque d’image gratuite et libre de droit Pixabay et sont créditées dans les légendes.

Sources :  – http://dive-bohol.com/conservation/5-reasons-not-go-oslob/

                 – http://philippines-cebu.com/moalboal/images/pdf/oslob-full-en.pdf

                 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Requin-baleine

4 Comments

  1. Vic

    Ton article est vraiment très intéressant, entre apprentissage et opinion personnelle. J’aime beaucoup ! Je partage ton point de vu ! On a tendance a oublié (ou ne pas avoir conscience) que notre comportement en tant que touriste peut être nuisible.

    1. Rose des vents

      Bonjour,

      Je te remercie pour ton commentaire. Ce n’était pas évident pour moi de faire cet article et de dresser les différentes raisons, scientifiques et personnelles, qui m’ont poussé à ne pas pratiquer cette activité. Donner son avis n’est jamais évident, mais je pense qu’il est utile d’informer, afin que tout le monde puisse faire des choix éclairés. Quelques fois c’est par manque d’informations que nous faisons les «mauvais» choix.

  2. Très bel article, j’ai tout à fait la même vision que toi. Je n’ai pas plongé à Oslob. Pourtant c’est tentant, ramener des images comme celles -là !!
    Il y a également des sorties sur Donsol, qui semblent plus éthiques, à priori.

    1. Rose des vents

      Oui c’est vrai que c’est toujours tentant de faire passer son plaisir avant tout le reste mais je crois que c’est à mettre dans une balance. On a déjà la chance de pouvoir partir, de voyager et de voir de magnifiques paysages, pourquoi vouloir toujours plus, surtout si c’est au détriment de la faune? En tout cas c’est ma façon de voir les choses 🙂 Je pense juste que tout le monde n’a pas conscience du problème et c’est quelques fois naïvement que l’on pratique une activité qui est nuisible. En tout cas merci pour ton retour, je crois qu’effectivement des solutions alternatives existent comme à Donsol ou également à Leyte, où les requins baleines sont observables en plongée.

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